Vendée Globe et « tour du monde »

octobre 28, 2020 0 Par dmontesinos

La fascination « tour du monde »

« Vendée Globe » et « tour du monde ». Ces petits vocables, accolés comme des gamins préparant quelques bêtises, exercent une fascination quasi hypnotique.
Principalement sur quelques individus peu enclins à la sédentarité, dont je fais partie.
Nul doute qu’il en est de même pour quelques autres.
Comme ces milliers de personnes qui se pressent en rangs serrés aux Sables-d’Olonne.
Tous les quatre ans, comme en pèlerinage, ils viennent participer à la grande communion du départ de ce tour du monde particulier appelé « Vendée Globe ».

Coté « exploit »: le Vendée Globe

Celles et ceux qui se lancent en mer dans cette compétition, le Vendée Globe, appartiennent à une communauté d’un tout autre niveau.
On pourrait presque dire que ceux-là sont entrés en religion!
Engagement personnel, opiniâtreté, talent sont des qualités dont ils ont dû faire preuve, uniquement pour être admis à participer.
Ce qui fait d’eux, avant même le coup de canon du départ, des êtres hors du commun.
L’instigateur de la première édition, avait énoncé une formule magistrale: «Dans le Vendée globe, tous les arrivants sont des vainqueurs ».

Et le coté « épicurien »

À côté de ça, « tour du monde » n’est pas synonyme de compétition.
Il y a autant de manières d’accomplir ce voyage original et fantastique que d’individus attirés par le concept.
On peut se lancer dans la boucle à pied, à vélo, en pédalo ou en bateau à voile. Cependant, partir d’un endroit de la sphère, dans une direction, et en revenir par l’opposé n’a rien d’anodin.
Il est indiscutable que le monde moderne a grandement facilité l’accès à ce périple passionnant.
Pour autant, l’accomplir n’est pas à la portée de tout le monde.
Le résultat se mérite.

Pas banal, pourtant

Il est insidieusement devenu de bon ton de banaliser l’accomplissement d’une circumnavigation en voilier. À mon sens, c’est une sottise.
Vivant sur la mer depuis plusieurs décennies, nous avons observé le nombre élevé de candidats qui échouent dans leur projet. Ceux qui ne parviennent jamais à recroiser leur propre sillage dans l’autre sens.
Loin de moi l’idée de prétendre qu’il y ait là un quelconque exploit.
Bien des équipages réalisent de magnifiques navigations.
Ils font ce qu’Éric Tabarly appelait avec poésie « du bateau joli », sans pour autant se contraindre à « faire le tour ».

Pourtant, quel voyage merveilleux qu’un tour du monde!

Cette découverte de notre monde « par la mer » offre pléthore de satisfactions d’une rare intensité. L’alternance des phases maritimes et des périodes terrestres est comme les différents mouvements d’une réjouissante symphonie de la vie.
Aux passages « allegro » dans une mer formée, excitée par un alizé vigoureux, succèdent des phases plus délicates. Boursouflées d’humanité, elles se savourent à l’escale comme autant de menuets, tempo « moderato ». Une traversée procure toujours un niveau rare de communion et d’intimité avec la sainte trinité du marin : le vent, la mer et le bateau.
Et puis bientôt, presque trop tôt, malgré l’envie, survient l’escale.

Escale de rêve et autres

C’est alors la confrontation (j’aurais dû dire la rencontre…) avec « l’autre ». L’inconnu, le « différent », celui chez qui l’étranger, c’est nous ! Le sentiment d’être en demande d’hospitalité est permanent et même insistant pour le voyageur maritime. Nous sommes des intrus qui devons nous faire accepter.
Très différent du vacancier qui sort d’un avion après quelques heures de somnolence et va rejoindre son hôtel climatisé. Le navigateur, lui, arrive d’un ailleurs qui s’appelle la mer.
Elle est impitoyable et sans état d’âme.
Soit on a compris et accepté ses règles et alors, « merci pour ce moment ». Soit on l’a mal jaugée et le « passage » a probablement été plus douloureux.
Toujours est-il qu’à l’arrivée, on est « chez les autres ». Afrique, Amérique du Sud, Asie, Océanie, on est rarement en France. Et c’est aussi un peu le but.

Pour un flirt autour du monde

Un tour du monde en croisière océanique, c’est un flirt avec une quarantaine de pays.
On y découvre des cultures et des habitudes de vie différents. Aussi éloignées que peuvent l’être le curé de Saint Frégant et le régisseur de l’Alcazar de Las Vegas.
Encore faut-il prévoir des escales suffisamment longues pour avoir le temps de faire connaissance.

L’apprentissage de ce mode de vie proche de la nature permet de savourer le goût subtil de la lenteur.
Elle est le gage d’une qualité de vie largement oubliée.
Et puis c’est le retour à la joie des victoires insignifiantes et intimes, comme cette conclusion : « Nous l’avons fait ! C’était bon ! Et comme on se sent bien à présent ! ».
Mais, attention à l’addiction. Un tour du monde a vite fait d’en susciter un autre. Et nul n’est à l’abri d’une récidive, car la vie n’offre pas pléthore d’expériences de cette intensité.

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