Mensonges et tromperies atomiques

février 13, 2020 2 Par dmontesinos

Il est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre et s’enflammer les commentateurs. C’est celui de la production d’énergie à l’échelle d’un pays. Et, à l’intérieur de ce thème majeur, le débat s’avère souvent houleux entre les partisans des solutions de type « énergie renouvelable » et les intégristes du nucléaire qui s’autorisent souvent des mensonges et tromperies atomiques.

Dinausores

Comme beaucoup de citoyens du monde, je m’intéresse autant que je le peux, à ce qui traite des aspects techniques et environnementaux inhérents aux différentes voies qui pourraient permettre à l’humanité de se procurer l’énergie dont elle estime avoir besoin.
Il s’agit d’éviter de précipiter notre bonne vieille terre dans un chaos comme elle en a déjà connu dans le passé.
Un tel bouleversement pourrait fort bien aboutir à l’élimination totale du dinosaure humain.
N’oublions pas que ces reptiles ont marqué l’histoire de notre planète par la taille phénoménale de leurs corps, cependant que les humains sont, peut-être, en train de faire de même par l’immensité de leur stupidité dans la manière de traiter leur terre d’accueil.

Etudes

Ainsi, pouvons-nous lire fréquemment des « études », émanant d’adeptes des différentes technologies envisageables en l’état actuel des connaissances. Elles présentent ce point commun entre des chapelles, pourtant opposées : une colossale mauvaise foi !

Parcourant, un article qui traitait de la mise en service de tel parc éolien ou solaire, peu importe, je fus invité, par un des commentateurs de cet article, à prendre connaissance d’une parution émanant d’un expert en énergie nucléaire.
Cette « étude » était fort bien réalisée, et argumentée avec force graphiques, courbes et citations de chiffres émanant de sources connues et vérifiables. Bien que fort long, j’en pris connaissance jusqu’au bout, afin de goûter pleinement sa conclusion catégorique : point de salut pour la France en dehors de l’atome… et pas seulement de Savoie…

J’avais parcouru la prose très rapidement, l’esprit braqué sur la justesse des arguments techniques. L’homme connaissait son affaire. Sur ce plan, ça se tenait. Cependant, mon esprit était insatisfait, titillant mon sens critique afin de m’inciter à « creuser » un peu plus.
J’entrepris donc d’ausculter, avec une attention accrue, les différents axes d’étude qui avaient conduit à une conclusion tranchante. Sur une projection de cent ans, une solution « tout nucléaire » coûterait entre 3 et 10 fois moins cher que n’importe quelle autre ! Ah ! Tout de même…

Ficelles

Je débusquais sans peine les grosses ficelles qui menaient à cette supercherie.
Partant du principe que les sources éoliennes et solaires sont, par essence même, alternatives, alors que la demande est continue, l’auteur attaquait sa démonstration en assénant aux lecteurs quatre pages de calcul sur le coût de fabrication des infrastructures et équipements divers  nécessaires à l’organisation du stockage qui eût été nécessaire dans le cas d’une solution « tout renouvelable ». Bien évidemment, il aboutissait à des chiffres hallucinants…
Mais, quel intérêt ? Peut-on, raisonnablement imaginer que les grands décideurs concernés engagent le pays dans une voie qui conduirait à le recouvrir de panneaux solaires, d’éoliennes et de lacs artificiels de manière à être en mesure de stopper purement et simplement les centrales nucléaires en activité ? Cela me semble peu probable.

L’expert poursuivait en expliquant qu’un des problèmes des installations de production d’électricité photovoltaïque est qu’elles génèrent du courant continu, qu’il convient ensuite de transformer en courant alternatif d’une fréquence très précise de 50 hertz. Tout ceci est tout à fait vrai. Sauf qu’à partir du rayonnement solaire, on peut aussi produire de la vapeur sous pression qui actionnera des machines tournantes et c’est exactement ce qui se fait dans une centrale nucléaire.

L’art et la manière de se « foutre du monde »

Et alors, comble de l’hypocrisie et de la désinformation, ces calculs partaient du postulat qu’une centrale nucléaire aurait une durée de vie de 80 ans, alors qu’une éolienne, ne serait opérationnelle que seulement 20 ans!
Faisons, nous-mêmes, un rapide calcul : 2020-80=1940… Ce n’est pas une année où les centrales nucléaires fournissaient beaucoup de kilowatt, si je ne trompe. Il me semble alors aussi hasardeux d’affirmer cette hypothèse de durée de vie que de considérer qu’on démantèle une éolienne et qu’on met tout à la poubelle au bout de 20 ans. On pourrait, peut-être, imaginer, par exemple, de ne remplacer que les pales et les roulements…Demandez donc à un spécialiste du béton si le socle d’une éolienne terrestre sera ruiné au bout de 20 ans.

Et que dire de ce prix de vent du kilowattheure qu’on nous présente comme « imbattable », alors même que, n’ayant encore jamais démantelé une centrale française, on en ignore totalement le coût.
Que dire de la manière un peu cavalière que nous avons de traiter les déchets en les enfouissant, de préférence chez les autres, sans recyclage d’aucune sorte, alors qu’on traque actuellement les pailles en plastiques pour sauver la planète !
Quand à l’approvisionnement en matière première, nul n’ignore qu’il est plus proche du « pillage » que du commerce équitable…

Dénigrement systématique

Les exemples foisonnent d’articles de dénigrement des énergies renouvelables, à peu près tous basés sur la même technique de présentation biaisée des faits : on recherche les failles et manquements du projet concerné (qui sont exactement les mêmes que dans n’importe quel projet nucléaire, car dû à des faiblesses humaines), puis on compare les chiffres avec leurs équivalents nucléaires, en utilisant le prix de vente officiel qui est pratiqué actuellement par EdF et qui, comme je l’ai montré plus haut, est éminemment critiquable.

Et les auteurs de ces articles concluent systématiquement par un « tout ça c’est de la politique, ça ne sert qu’à « verdir » l’image des décideurs locaux.

J’ai cru remarquer que chaque fois qu’une avancée est faite dans le domaine des énergies renouvelables, il se trouve des gens qui, usant d’arguments techniques plus ou moins recevables, à l’attention du bon peuple, dénigrent systématiquement afin de placer encore et encore leur leitmotiv irritant : « rien n’est possible en dehors du nucléaire ».

Ou encore « tout ça c’est du gaspillage de deniers publics ». Et, ce qui me chagrine le plus, c’est que ces systématiques « bousilleurs d’espoir » ont un point commun entre eux : ils appartiennent tous à la grande confrérie des gens qui ont des intérêts dans l’industrie nucléaire.
Etonnant, non ? Comme aurait dit Monsieur Cyclopède.

En conclusion.

Il me semble évident qu’un système de production énergétique intelligent et équitable doit laisser une part à tous les systèmes qui fonctionnent réellement en utilisant chacun d’eux à sa juste place.
Des éoliennes là où le vent souffle fréquemment, du solaire (et pas uniquement photovoltaïque) là où l’astre brille avec insistance et du nucléaire lorsqu’on a une source de refroidissement conséquente à proximité.
Et, avant d’avancer des chiffres, il serait de bon ton de s’intéresser un peu, auprès des scientifiques du secteur, des potentiels de progression des techniques.
Car, les cinquante dernières années l’ont largement prouvé, quand on investit dans un axe de recherche, on trouve des solutions qui font baisser les coûts et augmenter les rendements.