Que sera l’après-confinement?

avril 30, 2020 0 Par dmontesinos

Ce texte, « Que sera l’après-confinement? » a été présenté au concours de 
La Grange de Mercure:
« Comme une bouteille à la mer »

sous le titre « Le Père Labat chez Mamitupu« 

www.lagrangedemercure.com

Oh là, là ! Quelle affaire ce covid. Si on s’attendait…
Et, que sera l’après-confinement?

Bon, de notre côté, pour des gens qui viennent de passer 35 années de leur vie en bateau, se retrouver confinés en baie de Grand’case à Saint-Martin, French West Indies, ce n’est pas la mine. Ou alors, la mine de mon crayon, tout au plus.

Ce crayon avec lequel j’occupe mes doigts à concevoir notre prochaine annexe en contreplaqué, et aussi à rédiger quelques chroniques pour distraire et détendre mes lectrices et lecteurs.

Notre quotidien

Il ressemble un peu à ces escales que font parfois les navigateurs en voyage « lointain ».
Après une longue journée dans les vagues, plutôt que de passer la nuit en navigation côtière, avec tous les risques que cela comporte, il arrive de mouiller l’ancre dans une baie abritée.
On y goûte quelques heures d’un repos réparateur, avant de repartir le lendemain, sans avoir mis pied à terre.

Ce qui manque…

À quoi bon, descendre à terre, d’ailleurs ? Nous ne manquons de rien, à bord, si ce n’est de liberté, en ce moment…
Le dessalinisateur nous procure l’eau, les panneaux solaires alimentent les prises électriques, les frigos sont garnis. Une douce musique, du bon rhum, une doudou pour les câlins… qu’est-ce qu’on irait faire sur le plancher des Covid ? Je vous le demande.

Les potes

Bon, bien sûr, ça manque un peu d’apéro avec les amis et de franches rigolades, mais, ne nous plaignons pas. Avec internet, le contact est maintenu et même renforcé avec ceux qui sont subitement devenus «joignables».

Déplacements sous surveillance

Un phénomène un peu similaire se produit dans le cadre très restrictif des autorisations de déplacement consenties par nos dirigeants.
Ainsi, nous voici cheminant dans la rue principale désertée de notre village d’adoption, papelard en poche et cabas en main, en quête de quelques denrées comestibles.
Les rares personnes rencontrées sont toujours les mêmes.
Les premières fois, on se salue brièvement. Un « bonjour » murmuré, qui laisse bientôt place à quelques « hello », un peu plus affirmés à chaque rencontre.
Puis, au fil des jours, on s’enquiert un peu plus chaleureusement : «Comment ça va ? Le confinement se passe bien ?»
Le temps n’est plus très loin où une discussion de plusieurs minutes s’imposera tous les cent mètres avec ces nouveaux amis… C’est la vie.

La toile du temps…

Sur la « toile », ça cause beaucoup. Largement trop, sans doute.
Amertume, accusations, frustrations, soif de vengeance, espoir de changement. La délation va bon train…
Prises de conscience, pour certains… Tant mieux.
« Plus rien ne sera comme avant »… Ah, bonne nouvelle. Un peu difficile à croire cependant.
Deux mois de parenthèse de consommation effrénée, c’est ressenti comme « long, très long », par toutes sortes de gens de toutes conditions.
Il semble probable qu’en réalité ce soit beaucoup trop court pour espérer une prise de conscience réelle et durable de la part de tous ceux qui raisonnent « revenir comme avant… à la normale, quoi ». Ben voyons…

J’aimerais y croire, mais…

Combien de conducteurs et conductrices de ces énormes véhicules confortables iront quérir leur baguette à pied, après covid ? 0,000 1 %…
Combien seront-ils à accepter de marcher cent mètres à pieds pour éviter de se garer sur le trottoir au mépris des piétons ? 0,000 1 %…
Combien bouderont, au supermarché, ces denrées alimentaires qui ont parcouru la moitié d’un tour du monde en avion avant d’arriver là ? 0,0001%…
La folie reprendra-t-elle de plus belle, ou des comportements un peu plus citoyens et raisonnables apparaîtront-ils ?

Souhaitons que cette période de « ralentissement obligatoire » du délire collectif permette d’inculquer un peu de sagesse dans les esprits survoltés des consommateurs modernes…
Paroles de vieux c.. , je sais…

Alors, cette bouteille à la mer ?…

L’objectif en est clairement qu’après avoir dérivé au gré des courants, elle finisse par s’échouer sur quelque plage où une main délicate cueillera fébrilement le message qu’elle renferme.

Mais à qui donc pourrait appartenir cette main ?

Ah, eh bien voilà ! C’est ici que le destin pèsera de toute son éternelle et dense gravité !

Il est possible que, si notre poétique et prometteuse missive tombe sur une équipe d’écolos, affairés à nettoyer une de ces innombrables plages envahies d’immondices de toutes natures, la boutanche va filer droit à la déchetterie locale. Elle y entrera ainsi, par la petite porte, en représentant 0,000 1 % des statistiques de récolte du jour, et dommage pour celui qui avait mis une partie de son cœur dans le baratin…

Bon, allez, soyons positifs…, sauf au covid19.

Rien ne sert d’être trop triste, au contraire, bien au contraire…

Imaginons que cette fameuse bouteille de verre appareille de la côte sous le vent de l’île de Saint-Martin aux Antilles françaises. Elle traverse tranquillement la mer des Caraïbes jusqu’à atteindre une plage minuscule sise sur l’île de Mamitupu au Kuna Yala, soit les Iles San Blas.

Alors, cette bouteille : sa vie, sa navigation, puis son interlocutrice?

Nous sommes en 2021

Les conditions de vie des habitants de Mamitupu n’ont que très peu évoluées depuis des décennies séculaires…
Par chance, une brave petite indigène trouve le flacon. Elle est la fille d’un indien Kuna et loin d’être une Kunasse ordinaire… C’est même une personne fort instruite qui lit et comprend parfaitement le français.
Mais, comment se peut-ce ?
J’y viens.
Il se trouve qu’un navigateur français qui chartérisait dans le quartier, il y a de ça quelques années, fit malencontreusement naufrage en ces contrées lointaines.

Mais la pauvre môme…

Elle n’était encore qu’un petit enfant même pas sevré et n’avait plus de papa.
Le bonhomme avait été dévoré, moitié par un requin et l’autre partie par un crocodile.
Ce drame s’était produit un jour qu’il se rendait à la forêt, à bord de son cayuco, en vue d’y procéder à la cueillette de plantes médicinales à cinq feuilles.
Tout le monde sait combien sont dangereuses ces expéditions…
La maman recueillit le misérable naufragé et, tant bien que mal, parvint à le nourrir, au sein…
L’homme reconnaissant (on le serait à moins…) décida de rester. Ce qui permit bientôt à l’enfant d’accéder aux subtilités de la langue de Molière d’aujourd’hui.

Et alors, dans la bouteille?

Bref, que découvrit la demoiselle à l’intérieur du bocal en verre, dont l’étiquette « Père Labat 59° » disparaissait sous les berniques et les anémones de mer ?
Eh, bien, c’était la recette du fameux grog « spécial covid » qui se trouve à la disposition du public dans le site https://domi.voyagedenzo.com sous ce titre troublant : « Un remède de grand-père ». Mes lecteurs connaissent, mais pas les indiens Kuna…

La jeune femme en dévora le contenu avec avidité, avant de s’effondrer, éclatant en sanglots longs et monotones en plein été.
Inconsolable, elle ne parvenait pas du tout à endiguer le flot de larmes qui dégoulinait sur son immense désespoir pour la soif.
Ce qui se conçoit aisément.

Le désespoir…

Les effets du vilain virus n’étant toujours pas maîtrisés, en dépit de dix-neuf mois de confinement, Yolanda (c’est son nom…) venait de comprendre l’étendue de son infortune.

Pourtant, logiquement elle aurait dû se réjouir puisqu’elle venait d’entrer en possession du secret de l’exacte composition de l’élixir miraculeux…
Mieux, la plupart des ingrédients en étaient plus ou moins facilement disponibles au Kuna Yala et ailleurs…

Sauf, sauf… et c’est précisément là que naissait son légitime désespoir :
comment pouvait-elle espérer se procurer, ne serait-ce que quelques gouttes, de ce magistral et indispensable « lambic breizh », plus connu en Gaule orientale sous le vocable poétique et mystérieux de « goutte à Hubert » ?
Même chez les plus proches amis d’Hub’uch (c’est le surnom du Monsieur lambic…), même chez ses plus aimants beaux-frères, le produit était devenu d’une rareté exceptionnelle.

Explication:

Tout ça à cause d’un excentrique professeur marseillais.
Additionné à cette bonne vieille nivaquine, universellement usitée, il en avait fait un produit d’immunisation universel que le monde entier s’arrachait depuis de nombreux mois…