Facétieux couchers de soleil aux Antilles

avril 8, 2020 5 Par dmontesinos

Grand’case

Coucher de soleil à Grand’Case

Grand’case est un village qui s’étire sur la côte ouest de l’île de Saint-Martin, dans la mer des Caraïbes.
Pour un observateur situé dans sa baie, chacun de ces facétieux couchers de soleil aux Antilles est une nouvelle aventure.
Je précise qu’il en est de même dans les baies sises sous le vent des îles tropicales du monde entier.
Même une simple crique, suffit à accueillir le spectacle, théoriquement quotidien, de cette féerie planétaire.
C’est ici que nous goûtons le plaisir et l’avantage de confiner, dans la joie et la bonne humeur…

Instants délicats

Ces instants délicats sont rehaussés de subtilités polychromes infinies.
Ils officialisent la passation de pouvoir entre la vie diurne et le monde chagrins des chats gris.
Magie des tropiques…
Reconnaissons à l’actuelle période de « vie confinée au ralenti» le mérite de nous inviter à n’en pas louper une miette.

L’heure du thé

À présent, la dernière tasse de thé de l’après-midi est à marée basse.
Elle laisse, échouées en son fond, quelques erratiques particules d’herbacées échappées du sachet. C’est à ce moment que l’esprit du navigateur encalminé s’égare aux confins de l’horizon.
Bientôt, une étrange alchimie…
Ou peut-être est-ce le sens marin qui pousse inexorablement à anticiper ce qui peut l’être.
Alors, quelques sempiternelles questions apparaissent.
La contemplation d’un ciel limpide, qu’aucun nuage ne viole à l’approche du crépuscule, anime l’esprit.
Puis, suscite invariablement, chez certains poètes, cette interrogation un peu puérile : « Verrons-nous le rayon vert? ».
Par contre, si une épaisse chape de plomb écrase l’horizon, alors la question se mue en:
« Est-ce qu’au moins nous le verrons disparaître, ce soir ? ».

Soleil couchant

Un facétieux coucher de soleil aux Antilles, pour ceux que ce spectacle fascine, est un véritable événement. Le point d’orgue de la journée. Voici une histoire, un conte pour enfants. Et puis un poème. Enfin un acte d’amour. Ou mieux, une tranche de vie subtilement érotique.
Parfois, la densité de la nébulosité parvient à annuler purement et simplement la séance. Déception…
Dans mon île de Saint Pierre et Miquelon, près de Terre-Neuve, ce cas n’est pas rare.
Aux tropiques, il l’est nettement plus.

Suspens…

Et c’est bien là que réside une partie du suspens pictural.

Le firmament apparaît encombré de noires masses nuageuses, compactes comme une armée de virus en rut.

Alors, le pessimiste broie du gris : « Ce soir, il n’y aura rien à voir ».

Il est mélancolique et attristé à la vue de son verre à moitié vide.

C’est précisément en ces circonstances que la différence favorise d’autres personnes:

  • la confiante,
  • la curieuse,
  • l’optimiste,
  • même la nonchalante,
  • aussi l’oisive
  • et, bien entendu, la veinarde…

Sombre et gris

Il n’est pas rare qu’un décor sombre, chargé de gris jusqu’au pavois, semble décidé à licencier le disque jaune, sans préavis.
Puis il révise soudain sa position ! Volte-face céleste et providentielle !
Une manière de miracle se produit alors.
Une déchirure, jusqu’alors pratiquement indécelable, détermine, à présent, une fenêtre !

La fenêtre!

« Une fenêtre ! Ah, ça, c’est un peu court mon pote… », car, sans avarier le thon, on pourrait suggérer nombre d’autres vocables.
Par exemple:

  • une baie pour le couvreur,
  • un hublot pour le marin,
  • une meurtrière pour le soldat,
  • une baie vitrée pour l’architecte,
  • un vasistas pour le fabricant de maisons d’outre-Rhin
  • une lucarne pour Monsieur M’Bappé
  • un sabord pour le capitaine Haddock,
  • et pour la postière, un guichet.

Bref, une ouverture, donc, par laquelle l’astre céleste arrivera à s’exprimer enfin.

Surprise!

Ainsi, le sublime spectacle de l’immersion lascive du héros semble compromis.
Pourtant, l’artiste apparaît soudain, rayonnant, en son éphémère scène de théâtre.
Et il parvient, une fois encore, à combler son public. Son magistral numéro est parfaitement rodé et pourtant, chaque fois renouvelé.

Rayon vert

Mais le fameux «rayon vert », cerise de l’espérance sur le mille-feuille de l’horizon, ne saurait être systématiquement au rendez-vous.
Ce serait trop.
Et c’est bien ainsi, judicieux qu’il est de préserver une certaine « rareté ».
Il n’en réserve que plus sûrement son réjouissant spectacle aux véritables amateurs…de facétieux couchers de soleil aux Antilles.