Les sargasses ça agace

septembre 26, 2020 2 Par dmontesinos

Anse des deux pitons, Sainte Lucie.

La Lady est amarrée à une de ces bouées de corps-mort mise à la disposition des voyageurs de passage pour leur éviter de poser leur ancre dans ce domaine protégé.

Devant nous, deux plages de sable blanc, chacune adossée à un hôtel de luxe : parasols, transats, whisky, cigarettes et…clients fortunés. Le paradis !

Sauf que, les saloperies de sargasses qui pourrissent la mer des Caraïbes se pressent en rangs serrés autour de la Lady.

Les sargasses ça agace

Sirotant un apéro bien mérité, après notre navigation matinale de deux milles (3,5 kilomètres…), nous devisons de tout et de moins que rien.

  • – Dommage que toutes ces algues nous gâchent un peu la trempette
  • – Ouais…on devait aller se plaindre au patron de l’hôtel.
  • – Pourquoi pas.

Allons parler au directeur…

Justement, c’est lui, là, altier, dans le somptueux hall d’entrée.

  • – Bonjour monsieur le directeur, nous voudrions vous signaler un problème assez préoccupant. Nous sommes amarrés depuis, quoi ? une heure, à une bouée gratuite, juste là, devant votre établissement. Et, figurez vous qu’un immonde banc de sargasses nous gâche sérieusement la baignade ! Compte tenu de la classe de votre établissement, vous trouvez ça normal, vous ? Aussi, je vous pose la question : que comptez-vous faire ?
  • – Vraiment désolé pour le désagrément, mais, vous êtes clients de l’hôtel ?
  • – Non, mais c’est pas la question. Toutes ces algues dégoutantes là, c’est pas admissible devant un hôtel de cette classe et, surtout, si cher ! Comment on fait, nous, pour se baigner peinards ?
  • – Ecoutez monsieur-dame, loin de moi l’idée de négliger votre remarque, mais, permettez que je vous en fasse une, à mon tour. Je vous suggère, si le quartier ne vous convient pas, de larguer cette bouée au plus vite et d’émigrer sans tarder vers des contrées moins envahies de nuisances sargassières. Je ne sais pas, moi, tentez le Yémen par exemple. Je me suis laissé dire que personne ne se plaint des algues là-bas…Ceci étant, j’ai quelques occupations qui m’appellent, aussi vais-je devoir écourter cette passionnante conversation. Je vais vous laisser en compagnie de mon collègue Emerson, un homme charmant qui saura débattre intelligemment de tout ça avec vous.

Emerson…on s’connait?

Et il nous plante là, cependant que s’avance à pas mesurés, un colosse Saint Lucien, d’au moins cent vingt kilos, au faciès évoquant un cane corso terriblement bronzé pour son âge.

  • – « C’est quoi l’sujet ? » maugrée le gars en se renfrognant
  • – Alors, écoutez, là, maintenant tout de suite, on va pas pouvoir rester. Parce que, figurez-vous, c’est juste l’heure de l’apéro. Et ça, l’apéro, c’est comme qui dirait « sacré ». Surtout que Malou voudrait aussi faire le repas, et je vais vous le dire, elle n’aime pas du tout qu’on la mette en retard. Alors voilà, si vous ne voulez pas d’ennuis, n’insistez pas, vous risqueriez de nous retarder…Allez, bonne après-midi et gare au covid surtout, hein…ça, c’est du sérieux, le covid. Masque, distanciation, et tout ça…à bientôt cher Monsieur et bonjour chez vous…love Saint Lucia…see you later, at sea…

PS : Toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite.